PMA : la croissance n’arrive pas à vaincre la pauvreté

dimanche 27 juillet 2008
par L’Afrique nouvelle génération
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Dans son rapport 2008, intitulé Croissance, pauvreté et modalités du partenariat pour le développement, publié le 17 juillet, la Cnuced précise que les 50 PMA ont enregistré des taux de croissance économique les plus élevés depuis trente ans mais que cela n’a pas suffi à empêcher le nombre total de pauvres d’augmenter. Les trois quarts des habitants de ces pays continuent de survivre avec moins de 2 dollars par jour et la hausse récente des prix des denrées alimentaires risque d’annuler les modestes progrès réalisés.

Les taux de croissance économique enregistrés en 2005-2006, égaux ou supérieurs à 7 %, auraient dû permettre une amélioration notable des conditions de vie. Cependant, 581 millions de personnes, sur une population totale de 767 millions, vivaient toujours dans le dénuement et 277 d’entre eux dans la « pauvreté absolue », soit avec moins de 1 dollar par jour.

Au rythme actuel, l’objectif de réduction de la pauvreté ne sera pas atteint en 2015

Cette pauvreté et l’ampleur de sa diminution varient selon que les PMA se trouvent en Afrique ou en Asie : jusqu’à 80 % des habitants des PMA africains vivent avec moins de 2 dollars par jour soit 375 millions de personnes contre 69 % (204 millions de personnes) dans les PMA asiatiques, qui ont su créer des emplois à un rythme beaucoup plus rapide.

Cette situation implique que ces pays ne seront pas capables d’atteindre le premier des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) adoptés par l’Organisation des Nations unies, qui est de réduire de moitié la proportion de ceux qui vivent avec moins de 1 dollar par jour entre 1990 et 2015. Pour atteindre cet objectif, les PMA auraient besoin de ramener leur taux de pauvreté absolue à 20 % d’ici à 2015, or selon la Cnuced, si les tendances actuelles persistent, ils n’atteindront que le taux de 33 % d’ici à cette date.

Des avancées timides dans la réalisation des autres objectifs de développement humain liés à l’alimentation, à la santé, à l’éducation, à l’égalité des sexes et au développement durable ont été enregistrées, mais la plupart des pays seront probablement incapables d’atteindre la majorité des OMD d’ici 2015, estime la Cnuced. L’organisation souligne que les progrès les plus notables ont été accomplis dans les domaines où les gouvernements ont fortement augmenté les dépenses sociales avec le soutien des pays donateurs et des organisations non gouvernementales (ONG) internationales, dans le cadre de programmes bien ciblés où tous étaient associés. Elle cite le taux de scolarisation dans le primaire, l’élargissement de l’accès à l’eau et l’amélioration de l’assainissement. En revanche, les résultats ont été plus modestes dans les domaines qui dépendent davantage des revenus privés tels que la réduction de la pauvreté et de la faim.

Seuls quelques groupes de la population profitent de l’essor économique

Selon le rapport, c’est essentiellement en raison du type de croissance enregistré et du modèle de développement suivi par les PMA que la forte croissance économique n’aboutit pas à une amélioration notable du niveau de vie. Ainsi, seuls quelques groupes de la population profitent de l’essor économique. Peu d’emplois ont été créés, en particulier dans les pays africains, ce qui empêche la majorité de la population d’augmenter directement ses revenus. Si la croissance économique a atteint les taux les plus élevés enregistrés depuis trente ans (7 %), le PIB par habitant a ainsi progressé de moins de 1 % ou a même diminué dans 16 PMA.

L’envolée des prix internationaux des denrées alimentaires en 2007 et début 2008 s’est traduite par un renchérissement du coût de ces produits dans les PMA, dont les deux tiers importent davantage de denrées alimentaires qu’ils n’en exportent. Cette hausse va donc alourdir la facture de leurs importations et creuser les déficits commerciaux existants.

Selon la Cnuced, cette situation s’explique en partie par le manque d’intérêt que les responsables politiques témoignent depuis longtemps à l’égard de l’agriculture. Ainsi, les dépenses publiques consacrées à la recherche-développement agricole représentaient à peine 4,2 % du PIB agricole en 2004, soit moins de la moitié de la part qui y est affectée dans les autres pays en développement (10,7 %).

Une dépendance accrue à l’égard des produits de base pour les PMA africains

En valeur, les exportations de marchandises des PMA ont augmenté de 80 % pendant la période 2004-2006, atteignant 99 milliards de dollars en 2006, le pétrole et les minéraux représentant la plus grande part, notamment en Afrique. Ce qui montre bien que la dépendance des PMA en tant que groupe à l’égard des produits de base s’est accrue depuis 2000, parallèlement à l’accélération de la croissance. Mais là aussi de grandes disparités existent entre les pays africains et asiatiques ou les Etats insulaires. Les PMA asiatiques ont diversifié leur économie en augmentant la part des articles manufacturés au détriment des produits de base, alors que les PMA africains ont accru leur dépendance à l’égard des matières premières. Les PMA insulaires, eux, sont restés essentiellement tributaires des exportations de services, qui ont aussi affiché une grande instabilité.

Si les PMA ont attiré une part décroissante des investissements étrangers directs (IED) mondiaux, les versements nets d’aide publique au développement (APD) des pays développés ont augmenté, atteignant 28 milliards de dollars en 2006 contre 17 milliards en 2000 en termes réels. De même, les envois de fonds des ressortissants de ces pays travaillant à l’étranger ont atteint un chiffre record de 13 milliards de dollars en 2006. Ils sont particulièrement importants dans les cas du Bangladesh, des Comores, d’Haïti, du Lesotho et du Népal ainsi que du Cap-Vert, de la Gambie, de la Guinée-Bissau et de l’Ouganda.

Pour le Secrétaire général de la Cnuced, Supachai Panitchpakdi, il faudrait notamment renforcer l’appropriation par les pays de leur politique de développement, en particulier dans la gestion de l’aide afin de constituer un partenariat plus équilibré avec les pays donateurs qui sont aussi invités à poursuivre leurs efforts envers les plus pauvres. De même les PMA sont invités à favoriser la production et la productivité et non seulement l’intégration dans l’économie mondiale et le commerce.

Marie Joannidis

Source : rfi.fr


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