RCA-MALI : la CEEAC plus indépendante que la CEDEAO ?

D’une certaine façon, la crise qui secoue le Mali depuis un an et celle qui vient à peine de naître du côté de la Centrafrique sont identiques. Dans les deux cas, il s’agit en effet de groupes rebelles ayant pris des armes contre des autorités légales et légitimes.

Les islamistes occupant le nord-Mali ont bien entendu pour objectif d’étendre leur doctrine religieuse à l’ensemble du pays. Tandis que la coalition Séléka souhaite visiblement chasser le président François Bozizé. Mais de toute évidence, ce dernier est sauvé par l’intervention des forces militaires de la sous-région (FOMAC). Une force dont le déploiement progressif vient de stopper net la progression des rebelles. Qui se voient contraints de passer par les négociations dans la capitale Libreville. En un an, la CEDEAO n’aura pas obtenu un tel résultat, dans son rapport de force avec les islamistes terroristes qui dictent leur loi dans le nord du Mali. Trop dépendante de certaines puissances étrangères et soucieuse de recevoir l’aval de l’instance onusienne, la CEDEAO aura perdu tout le temps dans d’interminables atermoiements dont ont profité les islamistes.

Il faut cependant préciser que les 3 200 soldats devant composer la MICEMA sont de loin supérieurs aux quelques 700 éléments que requiert la sécurisation de la capitale centrafricaine. Du coup, on peut supposer que les ressources en hommes et en logistique que nécessite la reconquête du nord-Mali sont telles qu’il est logique que le soutien de certains partenaires soit acceptable. De même, la lutte contre des terroristes islamistes dans le vaste no man’s land qu’est le nord du Mali ne doit pas être aussi aisé que d’empêcher quelques rebelles voulant s’emparer de Bangui.

guerre au togo

Mais au-delà de ses spécificités, la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) se sera montrée relativement indépendante. Elle n’aura pas attendu que le Conseil de sécurité ou quelque instance internationale du même genre donne son quitus. Dès que les dirigeants des pays de l’Afrique centrale ont estimé que leur homologue avait effectivement compris les revendications et qu’il était véritablement disposé à y faire face, ils ont décidé de voler au secours du général Bozizé. Décision immédiatement suivie d’effet, avec le déploiement effectif des soldats de certains pays.

L’effet de ce pragmatisme ne se fait pas attendre et se traduit par l’annonce des rebelles de la suspension de leur offensive en direction de Bangui et leur disponibilité à prendre part au dialogue politique à Libreville.

Il est encore trop tôt pour qu’on conclue que le conflit sera résolu. Par contre, il est évident que sans l’intervention prompte des soldats de la FOMAC, la Séléka serait probablement à l’heure qu’il est à Bangui.

Ce pragmatisme et cette indépendance auront cruellement manqué à la CEDEAO dans sa gestion de la crise malienne. Alassane Ouattara, Boni Yayi et Mahamadou Issouffou ont défendu becs et ongles la doctrine de l’intervention. Mais ils auront trop longtemps attendu l’appui de la France, des Etats-Unis, de l’Onu et d’autres partenaires extérieurs. De même, la CEDEAO a trop longtemps attendu le vote par le Conseil de sécurité d’une résolution autorisant le déploiement des troupes étrangères. Cela fait trop de temps perdu et dont ont profité les occupants du nord du Mali.

Alors qu’à l’image de la CEEAC, la CEDEAO en se montrant plus pragmatique aurait pu contraindre le monde entier à suivre la démarche. Malheureusement, la CEDEAO, au lieu de tenir la direction est restée à l’arrière. Attendant que d’autres ouvrent la marche. Et c’est pourquoi jusqu’aujourd’hui, les islamistes continuent d’y commettre les crimes les plus abominables et à perpétrer les violations les plus éhontées des droits humains.


CEDEAO et Mali : dialogue d’abord, bruits de bottes ensuite

eric duval afrique

Toumani : « le plus important pour moi aujourd’hui ce n’est pas ma personne »

eric duval afrique

La Bonne Gouvernance : Rôle de la société civile dans l’exercice du contrôle citoyen de l’action publique

Vers la fin de l’année 1999, nous faisions nos premiers pas dans le monde des ONG, comme agent de terrain dans un village du nom de Déguéla à 6 km de Kangaba dans la région de Koulikoro.

I- INTRODUCTION : L’ANECDOTE DU VIEUX YAMOUDOU KEITA DE DEGUELA

Un jour, une délégation nationale arriva de Bamako et tint une réunion avec le conseil de village. L’objectif de la réunion était de recenser les besoins de la population. Après l’introduction de la réunion, les techniciens de l’équipe posèrent des questions et enregistrèrent tous les besoins exprimés par le chef de village et ses conseillers.

Après la réunion, au cours d’une causerie informelle je posai à un vieux, la question de savoir pourquoi il est resté silencieux pendant tout le long de la réunion. Le vieux Yamoudou Kéita (c’était son nom) me répondit qu’il ne sait plus combien de fois il a participé à une réunion pareille. « Mon fils dit-il, depuis que j’étais jeune garçon comme toi, chaque année les « fama » viennent de Bamako et nous demandent nos problèmes. Nous leur expliquons tous nos problèmes et ils les écrivent. Si tu pouvais retrouver tous ces papiers aujourd’hui et que tu les mettes bout à bout pour les coudre, j’en ferai un pantalon bouffon et un ample boubou qui trainerait derrière moi. Mais mon fils, nos conditions de vie deviennent difficiles d’année en année. Ces recensements n’ont aucune suite »

Cette réponse du vieux Yamoudou me donna beaucoup à réfléchir. En l’analysant, nous voyons qu’elle soulève beaucoup de problématiques entre autres celles de la pauvreté, de la planification et surtout de l’implication des populations dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des actions de développement les concernant. Le vieux Yamoudou a posé en d’autres termes la question de la gouvernance.

De cette période à maintenant, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Entre temps nous avons connu les évènements de 1991 à la suite desquels la constitution du 25 février 1992 a connu le jour et a jeté les bases de la décentralisation c’est-à-dire la possibilité pour les populations à la base de planifier leurs propres actions de développement, de les exécuter et de les évaluer dans les conditions prévues par la loi. Mais de nos jours, toutes les questions suscitées par le vieux Kéita ne sont-elles pas d’actualité ?

II- COMPREHENSION MUTUELLE SUR CERTAINS CONCEPTS :

Avant d’aller plus loin, essayons de nous comprendre sur certains concepts contenus dans le thème de nos débats notamment les notions de société civile, de contrôle citoyen et de bonne gouvernance

La bonne gouvernance : Dans un pays on parle de bonne gouvernance lorsque le gouvernement utilise judicieusement les ressources et prend de bonnes politiques qui profitent à la population.

On peut parler de bonne gouvernance même dans les organisations. On dit qu’il y a de la bonne gouvernance dans une organisation quand ses ressources (financières, matérielles, humaines, etc. .) sont utilisées à bon escient et quand les décisions prises ne profitent pas seulement à quelques membres mais à tous.

La société civile : La notion de société civile est une notion très ambiguë qui dans beaucoup de débats, ne fait l’unanimité à telle enseigne que beaucoup de gens préfèrent parler d’acteurs non étatiques (ANE).

Tous comptes faits, la notion de société civile renvoie à beaucoup de connotations positives notamment : l’autonomie, la responsabilité, la prise en charge par les individus eux-mêmes de leurs propres problèmes.

Dans nos débats, tombons d’accord que la société civile désigne la partie de la société dont l’objectif n’est pas la conquête du pouvoir. Ainsi, dans le paysage malien nous pourrons considérer comme faisant partie de la société civile les associations (signataires d’accord cadre ou non telles que les ONG, les APE/CGS, les ASACO, les associations de ressortissants,), les groupement, les coopératives, les GIE les syndicats, les faîtières, etc..

Le contrôle citoyen :

L’expression est composée de deux vocables : le contrôle et le citoyen

Le contrôle :
 La vérification de la validité ou de la légalité (de quelque chose) ;
 La surveillance attentive de la qualité ou du bon fonctionnement (d’un produit, d’une machine ou d’un système)

duval eric securite togo

Quant au mot citoyen :

En le prenant comme nom commun, il s’agit d’une personne majeure qui dispose du droit de vote et possède les droits et les devoirs liés à sa nationalité

En tant qu’adjectif c’est par exemple un acte : qui constitue ou apporte une contribution active à la vie publique nationale et à sa bonne marche

Le contrôle citoyen de l’action publique est une démarche orientée vers les décideurs. On parle de contrôle citoyen de l’action publique quand les citoyens ordinaires, les organisations de la société civile obligent les détenteurs du pouvoir à rendre compte de leurs actions et à assumer leurs responsabilités

La notion de contrôle citoyen de l’action publique renvoie à un large éventail de mesures et de mécanismes (autres que le suffrage) auxquels les citoyens, les communautés, les organisations de la société civile et les médias indépendants peuvent recourir pour influencer les tenants du pouvoir dans leurs actions. Ces mesures comprennent, par exemple, la participation des citoyens à l’élaboration des politiques et des plans de développement, la budgétisation participative, le suivi des dépenses publiques, le suivi par les citoyens de la prestation des services publics, etc.

III- QUEL ROLE DE LA SOCIETE CIVILE DANS L’EXERCICE DU CONTROLE CITOYEN : CAS DES COLLECTIVITES TERRITORIALES

La question est suffisamment vaste. Elle peut être comprise aussi bien dans le contexte mondial, dans le contexte national que dans le contexte local. Pour mieux la camper, prenons le cas des collectivités territoriales. A ce niveau aussi, choisissons la collectivité de base qui est la commune.

Fondements législatifs : Rappelons que le contrôle citoyen trouve son fondement dans le code des collectivités territoriales notamment dans ses articles 17 et 72 en ces termes :

Article 17 : Avant de délibérer sur les matières ci-après, le conseil communal est tenu de prendre l’avis du ou des conseils de village ou/et de fraction ou des chefs de quartier concernés :

La voirie, les collecteurs de drainage et d’égout ;
Le transport public ;
L’occupation privative du domaine public ;
Le cadastre ;
L’organisation des activités agricoles, pastorales, sylvicoles, de pêche ou de chasse ;
La création et l’entretien des puits et points d’eau ;
Le schéma d’aménagement du territoire communal et les plans d’occupation du sol ;
La protection de l’environnement et la gestion des ressources naturelles ;
La gestion du domaine public et privé communal ;
L’implantation et la gestion des équipements collectifs.

Selon l’article 72 du code des collectivités, les conseillers de village, de fraction et de quartier peuvent formuler des recommandations sur toutes mesures qu’ils jugent utiles de voir mettre en œuvre par le maire.

Ils donnent leur avis toutes les fois qu’il est requis par les lois et règlements ou qu’il est demandé par l’autorité administrative.

Ils sont obligatoirement consultés sur :

L’organisation des activités agricoles, pastorales, sylvicoles, halieutiques et cynégétiques ;
L’implantation et la gestion des équipements collectifs ;
L’élaboration et la mise en œuvre des schémas d’aménagement et des plans d’occupation du sol ;
La protection de l’environnement et la gestion des ressources naturelles ;
Les litiges domaniaux et fonciers ;
La partie du plan de développement concernant leur village, fraction et quartier. Beaucoup d’autres articles du code des collectivités offrent au citoyen l’opportunité d’exercer son droit de contrôle ;
L’article 26 du CCT stipule que les sessions du conseil communal sont publiques. Donc n’importe quel citoyen peut assister aux sessions du conseil sauf dans quelques cas d’exception fixés par la même loi ;
Le CCT dans son article 30 fait obligation au conseil communal d’afficher au siège de la Mairie ou de porter à la connaissance des populations les comptes rendus des sessions dans les huit jours qui suivent :

* Selon l’article 33 du CCT tout habitant ou contribuable de la commune a la possibilité de se faire communiquer (à ses frais) ou de consulter sur place : * les procès verbaux et les délibérations du conseil communal ; * les budgets et les comptes communaux ; * les arrêtés communaux ; * Les décisions issues des délibérations peuvent faire l’objet de recours (art 34 CCT). est possibilité pour un contribuable ou un habitant d’une collectivité territoriale d’introduire un recours en annulation contre une décision prise par l’autorité de tutelle de cette collectivité. Ainsi, la décision d’approbation d’une délibération du conseil communal (prise par le Préfet, autorité de tutelle de la commune concernée) peut faire l’objet d’un recours en annulation introduit par un habitant ou contribuable auprès du Gouverneur de la région (autorité supérieure) ou du tribunal administratif dans un délai de un mois (art 235 CCT).

Dans le processus d’élaboration des budgets il fait obligation au Maire d’organiser :
la consultation des conseils de villages, quartiers ou de fractions composant la commune ;
un débat public sur le projet de budget le contrôle suprême demeure celui que le citoyen exerce par son droit de vote. Ce droit, consacré par la constitution dans son article 98 est repris par l’article 5 de la loi sur la libre administration.

Questions :

* Quel usage le citoyen malien fait-il de son droit quand on songe au faible de taux de participation aux élections ?. * Existe-t-il d’autres alternatives au vote pour asseoir un contrôle citoyen véritable ? * Le citoyen malien connaît-il ces ouvertures faites par le code des collectivités territoriales ? * Le citoyen malien fait-il usage de ces droits conférés par le CCT ? * Si oui jusqu’à quel niveau ? * Si non, pourquoi ? * Que faut-il faire pour qu’il exerce davantage son droit de contrôle sur l’action publique ?

Autant de questions pour alimenter les débats

IV- PROPOSITION DE QUELQUES ORIENTATIONS POUR LA SOCIETE CIVILE

Sans vouloir empiéter sur les débats, suggérons dès maintenant quelques axes d’orientation de la société civile afin de l’amener à mieux jouer son rôle de contre pouvoir populaire

Améliorer son organisation aussi bien de façon horizontale que verticale ;
Renforcer les capacités des membres ;
Initier et mettre en œuvre un bon système de communication interne et externe ;
Aider les OSC de base à développer leur vision, à faire leur planification stratégique ; Etre plus pro actif.


Macky Sall, l’homme qui a battu Wade

eric duval afrique

Eric Stromeyer ambassadeur du Togo

eric duval afrique

Biographie de David DIOP

David Mandessi Diop (1927-1960)

Poète de la révolution africaine

David Diop est né le 9 juillet 1927 à. Bordeaux. Sa mère est camerounaise et son père sénégalais. Il vit entre la France, le Sénégal et le Cameroun. Il est très tôt (à 8 ans ) orphelin de père et est élévé, ainsi que ses cinq frères et sœurs par sa mère Maria Diop.

D’une santé fragile, il passe une partie de son enfance dans les hôpitaux en France où il vit pendant la période d’occupation et de guerre. Pendant ses périodes de convalescence, il se passionne très tôt pour la littérature, et ne tarde pas à écrire pour exprimer ce qu’il ressent.

Au cours de ses études, il a pour professeur un certain Leopold Sedar Senghor. Sa licence obtenue, David Diop repart pour le Sénégal où il enseigne (lycée Maurice Delafosse).

Ses premiers poèmes sont publiés aux éditions « Présence Africaine » en 1956, dans un recueil intitulé « les coups de pilon ». Militant anticolonialiste radical, il répond comme beaucoup d’autres intellectuels africains de l’époque à l’appel lancé par Sékou Touré suite à la rupture avec de Gaulle et se rend en Guinée pour enseigner au collège de Kindia. Malheureusement, alors qu’il revient de Guinée, l’avion dans lequel il se trouve en compagnie de sa femme se crashe au large de Dakar. C’est ainsi que disparaît celui qui est considéré à l’époque comme le plus prometteur des poètes africains.

poeme afrique togo

Dans l’accident disparaissent aussi des manuscrits qu’il avait emporté avec lui. David Diop ne laisse donc à la postérité qu’un recueil de 17 poèmes publié dans « coups de pilon », auxquels seront ajoutés huit autres poèmes retrouvés après sa mort.

Diop est un poète engagé, qui met son talent pour la poésie au service de la lutte anticolonialiste et de la libération des peuples africains. Ainsi, il sait être mordant pour ceux des africains qu’il considère comme des valets du colonialisme :

« Mon frère aux dents qui brillent sous le compliment hypocrite, sur les yeux rendus bleus par la parole du maître, mon pauvre frère au smoking à revers de soie ».

L’américaine Ruth Simmons souligne en parlant de David Diop que : « qu’il s’agisse d’un poème qui exprime son amour respectueux de la femme africaine, ou d’une attaque cinglante contre l’impérialisme et l’inhumanité yankee, qu’il s’agisse d’une attaque mordante contre le Noir assimilationniste ou d’un appel émouvant à l’action, la voix de David Diop est infailliblement celle d’un poète africain qui plaide pour la cause de son peuple ».

Par sa poésie, sa passion, son engagement, la fougue de la jeunesse, les appels à retrouver la dignité perdue, David Diop a profondément marqué son époque.


L’Afrique et ses élites prédatrices, entretien avec Ibrahima Thioub

eric duval afrique

Une accélération économique du Sénégal

eric duval afrique

L’Afrique et ses élites prédatrices, entretien avec Ibrahima Thioub, historien

Considérez-vous les indépendances africaines comme une réalité ?

Formellement, les Etats ont accédé à la souveraineté internationale en 1960. Mais ce changement juridique ne signe pas la fin de la colonisation, c’est-à-dire d’une exploitation économique doublée d’une soumission à une autre culture.

Après 1945, le rapport colonial ne pouvait plus se maintenir car la participation des Africains à la seconde guerre mondiale l’avait radicalement transformé : ils avaient pris conscience que l’égalité était possible, d’autant que d’autres territoires colonisés réclamaient leur émancipation.

Pourquoi la France a-t-elle cependant gardé la main ?

La métropole a su négocier une sortie la plus favorable possible. Elle a transféré le pouvoir aux segments du mouvement nationaliste les plus à même de préserver le lien colonial. Elle a éliminé les plus radicaux par la répression sanglante comme au Cameroun ou par la manoeuvre politique, comme en Côte d’Ivoire ou au Sénégal.

Vous soulignez la prise de conscience des tirailleurs et les luttes syndicales engagées après la guerre. Les instruments de la contestation ont-ils été transmis par le colonisateur lui-même ?

Oui, et c’est là un des grands problèmes de la décolonisation. Les dominés se réapproprient le discours du colonisateur pour le retourner contre lui, construire leur propre identité et légitimer leur combat. Pour affirmer leur unité, ils se définissent par référence à l’élément le plus simple : la couleur de la peau, ou la négritude chère à Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Ce faisant, ils ne sortent pas du système et s’enferment dans le piège d’une identité que j’appelle « chromatique ».

Car la couleur de la peau est l’élément qui fondait non seulement l’ordre colonial mais aussi la traite négrière. Réduire les Africains à ce facteur naturel symbolisant leur prétendue sauvagerie servait à les expulser de l’Histoire.

Comment ce piège a-t-il fonctionné ?

Les nationalistes ont récupéré cette identité et l’ont inversée pour démontrer que l’Afrique a une civilisation et une histoire, la négritude. Mais l’acceptation de cette définition chromatique a empêché de voir que les Africains forment des groupes aux intérêts très variés, plus ou moins accommodants avec le pouvoir colonial.

Jusqu’à aujourd’hui cette vision raciale produit des effets pervers : quand un bourreau est africain et noir, on a du mal à le traduire en justice pour peu que les juges soient blancs, alors que ce serait l’intérêt des victimes qui peuvent être noires.

Vous contestez le récit de la traite négrière qui en fait un pur pillage des Africains par les Blancs. Pourquoi ?

La vision « chromatique » de l’Afrique aboutit à une vision fausse de l’esclavage. La traite ne se limitait pas à la vente de Noirs à des Blancs dans des ports africains. Elle englobe la manière dont les esclaves étaient « produits » à l’intérieur du continent et acheminés sur la côte.

Ce système atlantique était une organisation globale, qui mettait en relation, dans un partenariat asymétrique mais intéressé, les compagnies européennes avec des élites africaines. Celles-ci utilisaient la traite pour redéfinir les rapports de pouvoir sur le continent.

En quoi la responsabilité des élites africaines renvoie-t-elle à l’histoire des indépendances ?

Dans n’importe quelle ville africaine, je suis frappé par la coexistence entre le grand nombre de 4 × 4 de luxe, et l’usage d’un moyen de transport qui remonte au néolithique, la tête des femmes.

Cela signifie que les élites, au prix d’une violence extrême exercée sur les populations, s’emparent des ressources du pays, les exportent, et dépensent les recettes ainsi dégagées en achetant à l’étranger des biens d’une totale inutilité sociale autre que symbolique de leur capacité de violence. Ils ruinent les pays en pompant la force de travail des corps subalternes qui sont réduits à la misère.

La réponse de la partie la plus dynamique de ces populations, c’est la fuite, les pirogues vers l’Europe.

Il ne s’agit pas d’esclavage…

En quoi cela se distingue-t-il de la traite ? A l’époque, des compagnies européennes apportaient en Afrique des biens tout aussi inutiles et destructeurs, comme la verroterie, l’alcool et les armes. Elles les remettaient aux élites qui organisaient la chasse aux esclaves. Déjà, le pillage permettait aux élites d’accéder aux biens de consommation importés. Aujourd’hui, le système s’est perfectionné puisque les esclaves se livrent eux-mêmes : ce sont les émigrés.

En quoi ce parallèle éclaire-t-il la question de l’indépendance des Etats africains ?

Si vous voulez comprendre le système de la traite négrière, observez le comportement actuel des élites africaines. Pourquoi nos systèmes de santé et d’éducation sont-ils aussi vétustes ? Parce que les élites ne s’y soignent pas et n’y éduquent pas leurs enfants, ils préfèrent les pays du Nord. Leur système de prédation ruine les campagnes et contraint les populations à s’exiler. Au point qu’aujourd’hui, si vous mettez un bateau dans n’importe quel port africain et proclamez que vous cherchez des esclaves pour l’Europe, le bateau va se remplir immédiatement.

Certes, ce système fonctionne au bénéfice des multinationales, mais il n’existerait pas sans des élites africaines. A l’époque de la traite négrière, l’alcool et les fusils achetés aux Européens leur permettaient de se maintenir au pouvoir. Désormais ce sont les 4 × 4 et les kalachnikovs.

Beaucoup de discours expliquent les malheurs de l’Afrique par la traite négrière et magnifient la résistance des Africains à la colonisation. Vous vous inscrivez en faux ?

Les traites esclavagistes et la colonisation ont certes ruiné l’Afrique. Les Africains qui en étaient les victimes leur ont opposé une farouche résistance. Les discours qui unifient les Africains autour de la couleur de la peau étaient nécessaires pour lutter contre le colonialisme. Ils ne servent plus maintenant qu’à masquer la réalité de notre soumission aux pays occidentaux.

L’Afrique est aujourd’hui convoitée par des puissances (Chine, Inde, Brésil, etc.) sans lien colonial avec elle. Ce contexte nouveau peut-il faciliter une nouvelle émancipation ?

A l’époque de la guerre froide, les leaders africains jouaient déjà l’Occident contre le communisme pour obtenir le maximum. Aujourd’hui, ils peuvent miser sur la Chine, l’Inde, l’Iran, contre l’ancienne puissance coloniale, mais ils conservent leur culture de prédation. Pour les peuples africains, cela ne change rien.

peuple togo afrique

Tant que nos élites se contenteront de multiplier leurs partenaires pour leur livrer les matières premières et non développer la production, elles reproduiront le système qui a mis l’Afrique à genoux.

Pourquoi la France a-t-elle tant de mal à lâcher la bride à ses anciennes colonies ?

La colonisation avait fondé un empire qui incluait la métropole. En 1960, la France a cru que seule l’Afrique était à décoloniser alors que les Français et leur mentalité devaient l’être également. Rappelez-vous le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007 ! Il dissertait sur « l’homme africain » comme s’il se trouvait encore dans la capitale de l’Afrique occidentale française !

Regardez à Paris les rues qui portent le nom de colonisateurs ! Les Français les ignorent, mais pas nous ! L’image de l’Afrique coloniale n’a jamais été déconstruite en France. Elle sert les intérêts des tenants de la Françafrique. Cela entretient des rapports très conflictuels avec les populations des anciennes colonies qui ne comprennent pas l’attitude de la France, notamment en matière d’immigration.

N’est-il pas contradictoire de réclamer l’indépendance et le droit à émigrer ?

On ne peut pas avoir soumis par la violence des populations qui ne demandaient rien, permettre encore aux capitaux et aux citoyens français de s’implanter facilement dans ces territoires et, un beau jour, décider que la France n’est faite que pour les Français de France. Il faut tirer les conséquences de l’histoire de la France et des relations très particulières qu’elle a nouées avec ses colonies. Le slogan « La France aux Français » a un corollaire : « les Français en France ».

En quoi cette histoire fonde-t-elle aujourd’hui un droit à l’immigration ?

Mais les capitaux et les hommes continuent de circuler librement du Nord au Sud ! Pourquoi la plupart des banques du Sénégal sont-elles des filiales de banques françaises, alors que les Sénégalais n’ont pas le droit d’aller travailler en France ? Pourquoi la remise en cause de la libre circulation des biens est-elle considérée comme un scandale, alors que la fermeture des frontières aux hommes est perçue comme normale ?

Les stratégies de développement affichées par les Etats au moment des indépendances ont échoué. Pourquoi ?

On était parti de l’idée que la toute-puissance de l’Etat appuyée sur un parti unique allait assurer le développement. On allait rattraper l’Europe en 2000 ! Par référence à la toute-puissance de l’Etat colonial, on a fétichisé l’Etat. Cela s’est avéré totalement inefficace parce que le groupe qui s’est emparé de l’Etat s’est servi de son pouvoir pour accumuler des richesses en étouffant l’initiative privée. Dès la fin des années 1970, le système a capoté. Les anciennes métropoles ont délégué le soutien financier au FMI et à la Banque mondiale qui ont disqualifié les Etats et promis le développement par le marché. Cela a produit des catastrophes encore plus graves que l’Etat.

L’émergence des sociétés civiles ne constitue-t-elle pas une conquête ?

Avec l’austérité imposée dans les années 1990, il était difficile de continuer à étouffer l’espace public. L’abandon des subventions agricoles a provoqué l’exode rural et les villes surpeuplées sont devenues des espaces de contestation.

On a « ONGisé » les sociétés pour suppléer les services publics. Ces organisations ont structuré la société civile, mais elles ont été récupérées par les élites. Les groupes qui détournaient l’argent de l’Etat accaparent désormais les ressources des ONG pour financer d’inutiles colloques ainsi que des flottes de 4 × 4, symboles de la néocolonisation de l’Afrique et agents actifs de détérioration de son environnement.

Des mouvements de contestation existent…

Certains intellectuels contestent radicalement le fonctionnement des Etats, mais c’est pour mieux négocier leur place. Du jour au lendemain, ils se retrouvent ministres du pouvoir qu’ils vilipendaient la veille. L’idée selon laquelle on accède aux ressources non par le travail mais par la simple posture politique est profondément ancrée.

Avec leurs limites, les vraies luttes de la société civile sont le fait des syndicats de travailleurs, des associations de base qui ciblent les conditions concrètes de vie. Ils arrachent toujours plus de liberté de manifester, de protester, de contester, relayés par la presse et les artistes.

En cinquante ans, les libertés d’expression et de la presse ont tout de même énormément progressé…

Dans beaucoup de pays, on a réussi à construire une presse indépendante grâce au courage physique de certains journalistes. Les gens sont si attachés à la liberté de la presse et des ondes qu’ils protestent à chaque menace de régression. Il sera de plus en plus difficile de revenir en arrière.

Quelles pistes proposez-vous pour une véritable indépendance ?

La priorité consiste à rompre, grâce à l’éducation, avec la logique qui nous conduit à survaloriser tous les produits venant de l’extérieur y compris les diplômes, et à tourner le dos à la production. L’Afrique est le seul continent où la majorité de la population n’a pas envie de rester.

Cette situation est liée au choix des élites africaines qui, au moment de la traite, ont détruit l’artisanat et la métallurgie, préférant acheter le fer venu d’Europe, soumettre et vendre ceux qui auraient pu assurer la production.

Ce mépris des productions locales reste flagrant. Quand le président sénégalais Abdoulaye Wade reçoit le khalife des mourides, il lui offre non pas des chaussures fabriquées au Sénégal, mais un tableau fabriqué en Iran, son chef du protocole insistant devant les caméras sur ce point.

La vitalité de la population n’est-elle pas un immense atout ?

Nous avons toutes les ressources pour nous en sortir. Allez dans n’importe quel marché à 5 heures du matin, vous verrez des centaines de femmes qui suent sang et eau pour nourrir leur famille. Nous n’avons rien à apprendre du point de vue du courage physique. Notre problème, c’est ce groupe qui a militarisé les sociétés africaines à partir de la traite atlantique en connivence avec les compagnies européennes pour insuffler cette culture de prédation. Rompre avec cette situation est un très vaste programme.

Cela passe-t-il par l’unité du continent ?

Contrairement à ce que l’on prétend, le colonisateur ne nous a pas divisés, il nous a unifiés, mais sur des territoires découpés en fonction de ses seuls intérêts : l’évacuation des richesses via les ports. A notre époque, il s’agit de construire de nouvelles territorialités tournées vers nos besoins.

Le problème est que les gens qui veulent détruire l’Afrique sont unis, tandis que ceux qui veulent la construire ne le sont pas. Dès que nous cherchons à nous rassembler, on nous divise entre tidjanes et mourides, entre musulmans et chrétiens, entre Diolas et Sérères… On nous ramène à notre identité de « Noirs ».

Ce sont autant de pièges que je combats. Tant que nous resterons atomisés, nos futurs resteront bloqués.


Exposition au Raw Material Company

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Eric Stromeyer ambassadeur du Togo

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Exposition au Raw Material Company : Mansour Ciss Kanakassy dessine l’« Afro », la monnaie africaine

A travers son billet « Afro », l’artiste plasticien Mansour Ciss Kanakassy entrevoit l’unité du continent africain. Cette monnaie unique appelée « Afro » est au coeur de l’exposition dressée jusqu’au 31 décembre 2011 au Raw Material Company. « Les Etats Unis d’Afrique : Utopie ou réalité » ? C’est la thématique que l’artiste plasticien sénégalais Mansour Ciss Kanakassy aborde dans son exposition au Raw Material Company (Centre pour l’art, Sicap Amitié 2).

L’artiste qui vit en Allemagne, n’est pas à Dakar pour le moment, mais son exposition est présentée par le commissaire Koyo Kouoh de Raw material. A travers des spécimens de billets de banque imprimés sur des plaques en aluminium, l’artiste entrevoit l’unité africaine avec la création d’une monnaie unique sur le continent : l’ « Afro ».

Il s’inspire des grandes figures du panafricanisme telles que Nelson Mandela, Kwameh Nkrumah, Cheikh Anta Diop, Thomas Sankara, Patrice Lumumba, entre autres.

Basé à Berlin, Mansour Ciss crée un laboratoire d’Art en 2002 appelé Laboratoire de « Déberlinisation ». Autrement dit, « déberliniser » l’Afrique c’est-à–dire, « reconstruire l’Afrique », suite au partage systématique et arbitraire de l’Afrique, explique Koyo Kouoh, commissaire de l’exposition. Le plasticien s’inspire du Congrès de Berlin de Novembre 1884 à Février 1885. Conscient des obstacles insurmontables qui retardent l’arrivée d’une monnaie unique pour la mobilité des échanges, Ciss et d’autres artistes comme Pascale Marthine Tayou se substituent à l’Etat pour la réalisation de ce qui paraît être utopique. C’est ainsi que l’Afro, qui est une monnaie unique imaginaire pour l’Afrique, est une réponse artistique aux politiques en faillite après les indépendances. L’exposition est composée de six plaques de monnaie imprimées sur de l’aluminium, en plus d’une vidéo de l’artiste faite par David Cadasse, des textes, des photographies et des coupures de billet « Afro ».

Selon Kanakassy, l’Afro est née en 2000 à Berlin, là où est partagée l’Afrique et non pas en Afrique. L’Afro est destinée à la science et à la recherche artistique : c’est une dynamique, dit-il, dans une vidéo.

« Avec l’Afro on peut arriver à une autonomie non existentielle, devenir plus riche que la banque mondiale, il fallait que je crée l’afro » déclare-t-il. Créée par le Sénégalais Mansour Ciss Kanakassy et le Canadien Baruch Gottlieb, l’Afro se présente comme la première monnaie continentale, elle est une œuvre d’art et un concept artistique fort à la gloire du panafricanisme.

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Symbole d’espoir, cette devise symbolique ne laisse personne indifférent. Sous le thème : les « États-Unis d’Afrique : utopie ou réalité », l’exposition se poursuit jusqu’au 31 décembre 2011 avec une série de conférences sur la problématique de l’unité africaine.

Né en 1957 à Dakar, Mansour Ciss Kanakassy a fait ses études en sculpture à l’Institut des Arts de Dakar de 1973 à 1977. Artiste sénégalais, ses expositions collectives et individuelles ont fait le tour de l’Afrique et de l’Europe, notamment à la Biennale de Dakar.


Le Mali, un pays ambitieux

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L’artiste de la couture au Cambodge

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La faillite en chaîne des télécentres

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Après une période de succès dans les villes et les villages des pays ouest-africains, le phénomène des télécentres publics et privés tend vers son déclin. Des milliers de promoteurs ont fermé boutique pour cause de non rentabilité. Depuis la forte pénétration du téléphone mobile dans ces pays, la clientèle se fait en effet de plus en plus rare dans les télécentres.

« Les clients ne se bousculent plus devant mon télécentre. Les factures sont payées difficilement les fins du mois. Je passe la journée à regarder de gauche à droite dans l’espoir d’entendre la voix d’un client. C’est très dur. » Ainsi se lamente Seyni Moussa, 36 ans gérant de télécentre au grand marché de Niamey, la capitale du Niger. Dans cette rue où il y a deux ans se dressaient une dizaine de télécentres privés, aujourd’hui seul celui de Seyni Moussa n’a pas fermé sa porte. « Je ne tarderai pas à suivre les autres », a-t-il cependant confié.

Depuis quelques années, à Niamey et à l’intérieur du pays, un vent mauvais souffle sur les télécentres. A cause de la rareté des clients, beaucoup de télécentres ont fermé boutique. Ceux qui continuent encore à travailler le font avec beaucoup de peine. La grande majorité des promoteurs de ces télécentres qui ont fermé boutique se plaignent de la baisse des recettes. « Les recettes mensuelles ne me permettent pas de couvrir les dépenses de fonctionnement de mes deux télécentres qui s’élèvent 250 000 FCFA. Quand ça marchait bien, j’arrivais à surmonter toutes ces dépenses jusqu’à faire des bénéfices. Durant trois mois, je n’ai pas réalisé 100 000 FCFA de recettes. J’ai été obligé de mettre la clé sous la porte », raconte Salissou Garba, 42 ans, promoteur de télécentre privé.

Comme du beurre au soleil

Cette mort des télécentres n’est pas l’apanage du Niger. Au Sénégal aussi, des gérants de télécentres ont mis la clé sous le paillasson. Dans ce pays, le secteur n’est plus rentable. Les télécentres ont fondu comme du beurre au soleil. Les gérants se lamentent, les agents qui travaillent se sont retrouvés au chômage. Ceux qui n’ont pas fermé se battent ardemment pour ne pas disparaître. De 2000 à 2005, c’est environ 74 202 télécentres qui ont été créés au Sénégal pour 107 216 lignes téléphoniques. Selon des informations fournies par les exploitants des télécentres, 130 télécentres en moyenne ferment par mois dans ce pays. Une situation qui met au chômage plus de 3000 personnes chaque année.

Au Mali, la situation n’est pas plus reluisante, les télécentres disparaissent en chaine. Les promoteurs évoquent la question de la baisse constante des recettes. Ils ne parviennent plus à couvrir leurs dépenses de fonctionnement. Beaucoup de gérants se sont endettés avant de mettre la clef sous le paillasson.

L’autre handicap dont souffre ce secteur, c’est l’absence de textes réglementaires, malgré son dynamisme et le nombre important de personnes qu’il attire. De plus, il n’est pas suffisamment structuré. Les télécentres ont poussé comme des champignons en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui ils sont en train de disparaître au même rythme.

« Difficilement 1000 francs de recette par jour » Aujourd’hui leurs promoteurs accusent le développement de la téléphonie mobile d’être responsable de leur déclin. « Personne ne veut maintenant venir dans un télécentre pour faire des appels. Les gens préfèrent leurs téléphones portables. Ceux qui viennent, c’est juste pour des courts appels. Ou bien ils viennent pour recevoir des appels de l’extérieur. En quelque sorte, nous servons de répondeur. Je fais difficilement 1000 FCFA de recettes par jour. Avant la prolifération des téléphones mobiles, ma recette journalière dépassait 15 000 FCFA », raconte Mlle Haoua Sani, gérante de télécentre au carrefour du petit marché de Niamey.

Amadou Garba, propriétaire de 12 télécentres dans la période des vaches grasses, soutient lui aussi que l’avènement de la téléphonie mobile est responsable de la fermeture en chaîne de ces centres de services téléphoniques. De ces 12 télécentres, aujourd’hui aucun n’est opérationnel. « Chaque fin de mois, les difficultés se multiplient. Mon patron a été obligé de rendre toutes nos lignes à la Société nigérienne de télécommunication (Sonitel) et de l’informer de la fin de nos activités », a-t-il confié.

« Pourtant le prix à l’impulsion dans un télécentre est moins cher que sur le portable », explique Mme Safiatou, propriétaire de télécentre. La tête inclinée sur la table, elle brandit les factures de juillet 2011 qu’elle n’a pas encore réglées.

Ils sont nombreux, les promoteurs et travailleurs des télécentres privés qui accusent leur fournisseur principal, la Sonitel et l’autorité de Régulation multisectorielle, d’être responsables de cette situation. « Au moment de la libéralisation du secteur des télécommunications, ils n’ont pas tenu compte de la survie des télécentres », laisse entendre Abdoulaye Hassane, ancien gérant de télécentre, aujourd’hui reconverti dans la vente des cartes prépayées et la recharge électronique.

Diversifier les services

Si beaucoup de télécentres ferment en Afrique de l’Ouest, quelques-uns, dont les promoteurs sont ingénieux, résistent et font encore de bonnes affaires.

« Dans mes télécentres, j’ai une panoplie de services. Internet, vente de carte prépayée, recharge électronique, envoi de fax, service bureautique. Le client trouve beaucoup de choses chez nous. Il y a même un réfrigérateur dans tous mes télécentres où on vend des boissons fraîches sucrées », raconte Zakou Boubé, qui a vu le nombre de ses télécentres passer de 10 à 16 en l’espace de quatre ans. « C’est en diversifiant les services que j’ai pu maintenir mes affaires. Il faut innover », affirme-t-il.

Zakou Boubé n’est pas le seul à innover pour se maintenir face à la concurrence du téléphone mobile. Fati Seydou, une autre gérante de télécentre, témoigne : « En dehors des recharges électroniques, je vends dans mon télécentre des consommables informatiques. En plus j’ai fait des petites cabines en vitres où le client peut téléphoner en toute discrétion. Cela attire les clients qui ne veulent pas venir dans les télécentres à cause du manque de discrétion ».

Fati a vu son chiffre d’affaire augmenter et sa recette journalière, pour les appels, dépasse 13 000 FCFA.

Un nouveau concept

Au Sénégal, pour palier à la fermeture en chaîne des télécentres et des cybercafés, un nouveau concept, les NetServices, a été proposé par l’Organisation des distributeurs de services numériques et de télécommunication (ODSENT). « Destinés à remplacer les télécentres et les cybercafés », les NetServices sont présentés comme « plus rémunérateurs » et comme des structures proposant des « services d’e-gouvernement, des services d’e-learning, par la distribution de modules scolaires et académiques aux élèves, et un service bureautique et d’assurance ». Toutefois, précisait Bassirou Cissé, président de l’ODSENT, qui présentait le concept en septembre 2010, ce projet n’en est encore qu’à sa phase pilote qui prévoit l’installation de 50 NetServices sur le territoire national. Bref, il faudra certainement attendre encore avant de savoir si les NetServices vont remplacer avantageusement les télécentres.


Le Cambodge, un développement économique intéressant

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Présentation du Mali, un pays ambitieux

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Macky Sall, l’homme qui a battu Wade

Ancien compagnon d’Abdoulaye Wade, Macky Sall sera le quatrième président de l’histoire du Sénégal. Retour sur son ascension fulgurante. Le nouveau président élu du Sénégal Macky Sall a affirmé dans une déclaration en français et en wolof, lue dans un hôtel de Dakar, que le grand vainqueur reste le peuple sénégalais.

Le candidat de la coalition de l’opposition Bennoo Bokk Yaakaar a rendu un vibrant hommage « aux martyrs de la démocratie » qui ont perdu leur vie en défendant la démocratie et la Constitution du Sénégal. Il a toutefois assuré qu’il sera « le président de tous les Sénégalais ».

Dakar bouillonne. La capitale sénégalaise vibre au rythme des premières tendances de la présidentielle du 26 février qui place le président sortant Abdoulaye Wade en tête du premier tour avec 32% des suffrages suivi de Macky Sall, avec 27%. La tension des grands soirs de campagne électorale règne toujours. Tous sont accrochés à un poste radio, attentifs aux derniers résultats du scrutin. Devant les locaux du quartier général de Macky Sall, qui se trouve sur les deux voies de dégagement de Liberté VI, des journalistes font le pied de grue. Va-et-vient incessants des membres du bureau. Eclats de rire par ci, tape des mains par là. Et on rit, on s’esclaffe comme pour savourer une victoire. Même si le tour n’est pas joué, « les Sénégalais sont en passe de réaliser une seconde alternance générationnelle », clament des passants.

Macky Sall, président ? Si l’on en croit les premières estimations du scrutin du 26 février, le Sénégal s’achemine inéluctablement vers un second tour. Abdoulaye Wade est au coude à coude avec le leader de l’Alliance pour la République (Apr). Désormais pour ce dernier, plus que « quelques pas le séparent du palais présidentiel », a déclaré un membre de l’opposition sur les ondes de la Radio Futurs Médias (RFM). Car, soutient-il, « aucun candidat ne nouera d’alliance avec Wade. Il est fini ».

A Dakar, la nouvelle a surpris. Jusqu’à la publication des premiers résultats, le soir du scrutin, certains pensaient encore à un « hold up électoral » du camp libéral. Même si certains se sont réveillés avec la « gueule de bois » à cause de la défaite du parti de l’unité et du rassemblement, Bennoo Siggil Senegaal, d’autres savourent la victoire du peuple au soir du 26 février, qui est en passe de réussir sa seconde alternance.

Génial et travailleur pour certains, incompétent et peu charismatique pour d’autres, Macky Sall divise. Même s’il est respecté par tous pour ces quatre années de dure labeur dans le Sénégal des profondeurs. Pour beaucoup, Macky Sall récolte aujourd’hui les fruits de ce travail car derrière sa nonchalance et son physique imposant, se cache une volonté de fer à toute épreuve, grâce à laquelle il a conquis l’électorat sénégalais.

Ancien faucon de Wade

Il est rare, même très rare de voir son visage s’éclairer d’un simple sourire. Macky Sall n’est pas du genre à rire ou à s’enthousiasmer. Il est du genre introverti avec une mine toujours sévère. Ce qui lui a valu d’être surnommé par la presse locale Niangal Sall (sévère en wolof).

Homme politique sénégalais né le 11 décembre 1961 dans la région de Fatick, localité située au centre du pays, Macky Sall est un ingénieur et géophysicien de formation. Issu d’une famille très modeste de quatre enfants, de père ouvrier dans la fonction publique et d’une mère vendeuse de cacahuètes, Macky Sall passe une enfance tranquille dans la campagne entre la région de Fatick et le Fouta. Le baccalauréat en poche, il s’envole pour l’université de Dakar où il fait la rencontre de Landing Savané, leader d’And jëf, dont il intègre le mouvement. Quelques temps après, il se sépare de ce dernier, et rejoint le camp libéral. En 1983, débute son compagnonnage avec Wade. Malgré toutes les péripéties que rencontrent le PDS, avec l’emprisonnement de l’opposant Wade et le départ de certains des leurs, Macky Sall reste aux côtés de son mentor, jusqu’en 2000, qui porte Abdoulaye Wade à la magistrature suprême du pays.

La montée en puissance

Après avoir pris une part active à la victoire des libéraux, Wade ne lui confie, pas pour autant, de portefeuille ministériel. De décembre 2000 à juillet 2001, il est nommé directeur général de la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen). Ensuite, il devient conseiller spécial du président de la République chargé de l’Energie et des Mines, d’avril 2000 à mai 2001. Avant d’être bombardé ministre des Mines, de l’Energie et de l’Hydraulique. Ensuite de novembre 2002 à août 2003, il détient en sus de son portefeuille ministériel celui de ministre d’Etat. D’août 2003 à avril 2004, il est affecté au poste de ministre d’État, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, porte-parole du gouvernement dont Idrissa Seck est le Premier ministre. Et, parallèlement, il est nommé vice-président du comité directeur du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) en avril 2004.

C’est en avril 2004 qu’il obtient la consécration. Il est nommé Premier ministre, poste qu’il occupera jusqu’en juin 2007. Cette année-là, il devient président de l’Assemblée nationale. C’est de là que commence ces bisbilles avec son pygmalion.

Le 16 novembre 2007, le comité directeur du PDS décide de supprimer le poste de numéro deux du parti et de réduire le mandat du président de l’Assemblée nationale, de 5 à un an. Une sanction qui en vérité n’est destinée qu’à faire payer « la lourde faute politique », selon les termes utilisés par les libéraux, de Macky, coupable d’avoir convoqué, Karim Wade, fils du président, pour l’auditionner dans le cadre des travaux de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique (Anoci). Acculé et bousculé par ses « frères », il démissionne du parti et de son poste le 9 novembre 2008. Et crée son propre parti, Alliance pour la République (Apr/Yakaar). Il commence dès lors à régler ses comptes avec le clan Wade.

C’est du Macky(llage)

Pour beaucoup d’observateurs, l’humiliation de Macky Sall au sein du Parti démocratique n’est en fait que la résultante de ses basses œuvres au sein de la formation. « Macky Sall n’est pas un ange », témoigne d’emblée un journaliste sous couvert de l’anonymat. Alors directeur de campagne de Wade à l’élection présidentielle de 2007, Macky Sall arrive dans son bureau de vote sans présenter de pièce d’identité et défie l’autorité du président en place pour accomplir son acte citoyen, en lui lançant un simple « je suis le Premier ministre ».

Un geste, qui selon ce journaliste, n’est rien d’autre qu’un acte de despote. Pour celui-ci, il ne faudrait pas oublier non plus, que le probable futur président du Sénégal a joué un rôle majeur dans l’emprisonnement d’Idrissa Seck —ancien Premier ministre de 2002 à 2004 et candidat à la présidentielle—, pendant huit mois, dans le cadre de l’affaire des chantiers de Thiès. En retour, Idrissa Seck l’a ouvertement accusé de détournement de deniers publics qui s’élèvent à 7 milliards de francs CFA, soit plus de dix millions d’euros. La prouesse de l’actuel challenger de Wade, c’est d’avoir réussi à faire oublier ses années de compagnonnage avec celui qu’il n’hésitait pas à comparer à Napoléon.

Tout cela est aujourd’hui de l’histoire ancienne. Depuis sa disgrâce, il est resté cohérent dans son engagement à lutter contre le pouvoir du président, Abdoulaye Wade. Pour beaucoup de Sénégalais, il apparaît comme l’homme qui a subi une injustice après avoir tenté de freiner la dévolution monarchique du pouvoir.

Même son attitude controversée au sein du M23 (Rassemblement de l’opposition), Macky Sall n’ayant pas brillé par une dénonciation appuyée de la candidature de Wade, a porté ses fruits. Et tout porte à croire que ce sera bien lui qui sera le futur locataire du palais de l’avenue Léopold sédar Senghor.


Abdoulaye Wade

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Biographie de David DIOP

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Le Cambodge, un développement économique interessant

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Le Cambodge étant encore il n’y a pas si longtemps un des pays les moins avancés (PMA) et aujourd’hui Eric Zappati en parle comme d’un futur pays émergent.

Pour consolider un développement durable, il faut surveiller à ce que les affaires profitent à toute la population et permettent de réduire les inégalités sociales.

Le pays doit lever les barrières douanières au monde pense John Duval, économiste, pour améliorer certaines ressources telles que les ressources humaines, les capitaux, les biens et les services.
Mais même avec la récession économique, le Cambodge a vu son PIB être multiplié par 5 passant de 3 milliards à 15 milliards de dollars entre 2000 et 2013 grâce au tourisme, en accueillant des photographes étrangers parmi lesquels Eric Dexheimer et Jean-Jacques Duval ont pu offrir plusieurs expositions de photographie de ce pays. Et grâce également aux investissements de différents groupes étrangers notamment immobilier, le président Norodom Sihamoni n’en peut être que fier.


La sélection des 5 temples à visiter au Cambodge par Eric

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L’artiste de la couture au Cambodge : Éric Raisina

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Le Mali, un pays ambitieux

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Le PIB du Mali a vu sa courbe augmentée fortement avec une économie qui a quintuplé en passant de 2.4 milliards de dollars à 10.90 milliards entre 2000 et 2013. La réduction de la pauvreté s’en est fait ressentir.

Il y a eu une baisse progressive notamment en milieu rural d’après les dire d’Alexandre Duval. Les effets de la pauvreté sont ressentis sur les indicateurs sociaux. Le président Ibrahim Boubakar Keïta en a d’ailleurs fait un discours de rassemblement autour du projet commun avec le député Alan Duval. Il s’est exprimé et veut : « Le redressement de l’école, la construction d’une économie émergente et la mise en œuvre d’une politique active de développement social. »

Eric Koffi, L’apporteur d’affaires et ivoirien venu du Mali a d’ailleurs investi dans le pays dans plusieurs secteurs d’activités pour redonner de l’emploi aux Maliens. Espérant pouvoir aider comme il peut ce pays qui lui tient tant à cœur.

Depuis ces 5 dernières années le Mali ne cesse d’augmenter son PIB. Mais malgré la montée de l’exploitation des ressources minières vers l’extérieur, le pays ne bénéficie pas assez des retombées économiques pour la population et le taux de pauvreté en est la preuve car les chiffres n’ont que vaguement bougés ces derniers temps et restent élevés.

Un livre du nom de « Mali, ô Mali » a été publié par Eric Orsenna où il parle des richesses, de la fragilité du pays et du continent qui est en devenir.


Une accélération du Sénégal

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Économie difficile pour le Togo

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Une accélération du Sénégal

Le Sénégal fait partie des pays d’Afrique les plus stables depuis 1960. Son envie de devenir un pays émergent est forte et selon les prévisions cet événement devrait arriver pour 2035. 

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Cependant sa croissance est enrayée depuis 2006. Le taux de croissance du pays aujourd’hui n’atteint que difficilement les 3.3% par an car elle ne possède pas de ressources naturelles abondantes. L’accroissement démographique augmente de 2.5% par an et le pays possède un taux de pauvreté de 46.7%. Ces chiffres sont aujourd’hui trop élevés. Cependant, la croissance commence à repartir avec une hausse depuis 2014 avec un PIB de 4.7% selon les écrits de Jean Duval.

L’économie sénégalaise devrait donc poursuivre son accélération dans les prochaines années grâce au rebond de l’agriculture et à la fin d’Ebola. La croissance du PIB réel devrait se situer dans les 5% et atteindre les 6% à la fin de l’année 2016-2017 avec un retour sur les services et en particulier dans les télécommunications et les services financiers.

Togo Afrique

Eric Laueer et Pierre Duval, co-fondateurs français et directeurs de la société Everjobs spécialiste en offre en ligne, ont lancé leurs services en Sénégal et en Côte d’Ivoire. Pour Eric Laueer et Pierre Duval « les PME africaines utilisent trop peu les méthodes modernes de recrutements. » ce qui ralenti leurs avancés.

Mais, alors que les autorités projettent une accélération de l’investissement public, celle-ci va mettre à l’épreuve leur capacité à améliorer la qualité des projets, et risque de conduire à une aggravation de la dette sans pour autant entraîner un impact positif équivalent d’exploitation sur le PIB.


Une accélération du Sénégal

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La faillite en chaîne des télécentres

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